Toni Servillo
Piccolo Teatro di Milano Teatri Uniti di Napoli Chiara Bafi, Eva Cambiale, Salvatore Cantalupo, Marco D'Amore, Anna Dela Rosa, Roco Giordano, Paolo Graziosi, Mariela Lo Sardo, Gigio Mora, Francesco Paglino, Beti Pedrazzi, Giulia Pica, Tomaso Ragno, Andrea Renzi, Toni Servillo
Ortensia de Francesco
Pasquale Mari, réalisées par Lucio Sabatino
Daghi Rondanini
Carlo Sala
Coproduction Teatri Uniti, Picolo Teatro di Milano - Théâtre de l'Europe
Spectacle en italien sur-titré
Collaboration artistique : Costanza Bocardi Assistante à la mise en scène : Tomaso Pita Assistante à la scénographie : Elisabeta Pajoro Assistantes aux costumes : Lauriane Scimemi, Valentina Pascarela
2 h 55 avec entracte
Magnifico !
Un chef-d'oeuvre qui dépeint une société cruelle et décadente.
Trente ans après la versionmythique et historique de Giorgio Strehler, revoici La trilogie de la Villégiature de Carlo Goldoni, toujours en italien, sur-titré, mis en scène par l'impressionnant Toni Servillo et coproduit par le légendaire Piccolo Teatro di Milano.
Un régal. Orchestrée de main de maître, une magistrale leçon de théâtre.
Adepte d'un théâtre populaire qui cherche avant tout à aller vers le public, Toni Servillo -acteur et directeur des trois parties du texte de Goldoni- nous propose ici une adaptation joyeuse de l'oeuvre.
Dans un décor simple et élégant, des costumes superbes, des lumières, du son, la troupe du Théâtre Uniti de Naples en coproduction avec le Piccolo Teatro di Milano nous replonge dans la petite société désinvolte du XIIIème siècle dépeinte avec brio par Carlo Goldoni.
Né dans la Venise du XVIIIème, Carlo Goldoni est très tôt inspiré par le théâtre qu'il voit dans la rue. A l'âge de neuf ans, il écrit une pièce destinée au théâtre de marionnettes. Après plusieurs échecs dans le genre tragique, Goldoni comprend que sa vraie voie est la comédie. Il s'inspire de la Commedia dell'arte qui règne alors dans l'Italie du XVIIIème et des pièces de Molière pour réformer la dramaturgie. Son premier succès L'Uomo di mondo marque la naissance de la comédie italienne moderne avec des textes qui ne laissent plus beaucoup de place à l'improvisation. Poursuivi par les critiques acerbes des autres dramaturges italiens, il finit par gagner Paris et écrit pour le théâtre en France. Après la mort de Louis XVI, Goldoni, alors octogénaire, est privé de ses pensions et meurt dans l'indigence en 1793.
Incroyablement prolixe, Carlo Goldoni a écrit plus de deux cents oeuvres en l'espace de vingt ans et démontre avec brio que son théâtre peut détendre et amuser tout en remplissant une fonction sociale critique.
Dans les Trilogies de la Villégiature, trois comédies féroces qui se situent à Livourne, il aborde le problème crucial qui s'établit entre le citadin et la campagne. La mode était en effet venue, au milieu du XVIIIème, d'aller à la campagne pour le plaisir de s'y retrouver en compagnie.
Les nobles et les riches sont autorisés par leur rang et leur fortune à faire quelque chose de plus que les autres. Par ambition, les petits veulent passer pour des grands. Goldoni trace alors le portrait sans complaisance de ceux qui veulent vivre à lamanière des nobles, en dispersant dans une oisivetémondaine, le temps et l'argent qu'ils n'ont pas toujours. C'est cette forme de ridicule -qu'on appelle aujourd'hui snobisme- que Goldoni met en évidence, afin de la combattre.
Toni Servillo, l'immense acteur italien - couronné de tous les prix, dont celui du meilleur acteur européen et fondateur du Théâtre Uniti de Naples- s'empare de cetteoeuvre et la porte demanière époustouflante à son zénith.
Il signe ici unemise en scène d'une intelligence aiguë, dirige une troupe d'acteurs particulièrement douée et en très grande forme.
Il endosse lui-même l'habit de Fernandino, un personnage détestable, opportuniste et lâche qu'il rend irrésistible. Trois heures durant, on rit, on rit... et on s'émeut.
Un éblouissant travail. Du très grand art !