du 12 au 21 mars 2010
Valentine Carette, Valérie Crunchant, Camille Grandville, Pascal Omhovère, Myriam Sokoloff
Claire Salmon Legagneur
Marie Vincent
Josef Avelmeïr
Michel Jacquelin
3H40
On connaît Germaine Tillion (1907-2008) pour son action de résistante et de déportée au cours de la Seconde Guerre mondiale, pour ses interventions pendant la guerre d’Algérie qui dénoncent la torture et pour ses grands livres d’ethnologie.
Il était une fois l’ethnographie, Une opérette à Ravensbrück, Les Ennemis complémentaires constituent le matériau principal de ce spectacle Il était une fois Germaine Tillion composé en trois parties et porté par cinq acteurs. Avec cartes, photos, films, récits en langue berbère et chants, chaque partie propose une théâtralité qui lui est propre. La première partie est axée sur le voyage de Germaine Tillion dans l’Aurès algérien (1934-1940), la deuxième sur sa période concentrationnaire à Ravensbrück (1943-1945), la troisième sur la guerre d’Algérie.
Vouloir monter un spectacle autour de la figure de Germaine Tillion relève sans doute d’une gageure puisque ses écrits (hormis son opérette) n’ont aucune structure dramatique. Mais j’ai souvent travaillé sur des matériaux de ce type, toujours guidé par la forme d’oralité que certains auteurs donnent à leurs textes. Comme bien d’autres, j’ai été séduit par la vivacité de la pensée, de l’écriture et du verbe de cette grande Dame. Ses champs d’analyses s’étendent sur des domaines et des périodes proches, à savoir : l’ethnologie appliquée à des populations musulmanes durant l’époque coloniale, la structure et la fonction du camp de Ravensbrück, et la guerre d’Algérie. Quel que soit le sujet traité, elle procède avec le même souci de discernement, de précision, d’attention à l’Autre. Jamais donneuse de leçons, ce à quoi appelle sa parole, c’est à une forme de discipline de l’esprit qui doit guider l’engagement et l’action. C’est toujours à l’expérience qu’elle se réfère lorsqu’elle est confrontée à des situations présentant des similitudes : les conditions de vie précaires de ses missions dans l’Aurès lui permettent d’endurer les rigueurs de Ravensbrück, son passé de résistante en 1940 la rend sensible à la clandestinité algérienne.
Xavier Marchand, avril 2009
Germaine Tillion (1907-2008)
1907 : naissance à Allègre (Haute-Loire).
Formation d’ethnologue. Licenciée en lettres, diplômée de l’École pratique des Hautes études.
1934-1940 : séjourne en Algérie pour étudier l’ethnie berbère des Chaouis.
Devient chef du bureau de Résistance du Musée de l’Homme.
1943-1945 : dénoncée, elle est déportée à Ravensbrück. Pendant son internement, elle écrit une opérette : Le Verfügbar aux Enfers, (le « verfügbar » étant la déportée soumise aux corvées par refus de travail.)
1945 : après la guerre, elle se consacre à des travaux sur l’étude de la Seconde Guerre mondiale.
1954 : séjourne en Algérie, participe à la création de centres sociaux.
1957-1962 : elle s’élève contre la torture et les exécutions capitales durant la guerre d’Algérie.
1966 : elle écrit Le Harem et les cousins, étude sur la condition féminine dans le bassin méditerranéen.
1966-1974 : elle est en mission scientifique chez les Maures, les Touaregs et au Moyen Orient.
1978 : elle devient présidente de la section française du Groupement pour les Minorités.
2000 : elle signe la demande faite à l’État français de condamner le torture en Algérie.
2004 : elle signe le manifeste condamnant la pratique de la torture en Irak.
2008 : elle meurt, à 101 ans, à Saint-Mandé, dans la région parisienne.
Xavier Marchand
Formé au Conservatoire national d’art dramatique de Paris, il fonde en 1987 la compagnie Lanicolacheur. Il choisit de privilégier un théâtre du langage, du verbe, des écrits non théâtraux et mène à Marseille des projets réunissant des artistes de différentes disciplines autour de la culture des communautés qui y vivent. Ses dernières créations : Premier Amour de Samuel Beckett, Le Crépuscule des clochards de Raymond Federman et George Chambers, La Lecture, ce vice impuni de Stéphane Olry.